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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 10:00

 

-          Gordo, à la direction, tout de suite !

La reconnaissance. Je gardais en mon vestiaire une chemise blanche, une cravate rouge et un veston azur. L’occasion est enfin venue de revêtir ces habits lumineux.

Je traverse la salle des pas perdus, encombrée par une foule endimanchée. Un cortège est en formation. Un paseo ! Deux maestros ! L’un, frac noir, nœud papillon gris, chapeau haut de forme à la main, mène la file de droite. L’autre, robe de dentelles nacrée, chapeau blanc à larges bords précède sa suite, très élégamment vêtue. La quadrilla, composée uniquement d’enfants, soulève sa longue cape. Je me glisse au milieu.

L’orchestre entame le paso doble nuptial. Nous pénétrons dans l’arène et nous dirigeons vers la présidence, revêtue de son cordon tricolore.

Le premier entre ses pairs, El Borgomestro, se lève. Il me jette un regard ébahi. Ses joues passent du carmin au pourpre. Sa moustache grise se hérisse. Sa respiration haletante et saccadée tend sa chemise et menace d’en éjecter les boutons. Il lève les mains au ciel et implore la Madone, les bons dieux et le Schieven Architek.

Il ne fera aucune concession, c’est certain. Même pour l’enfant du pays. El Thielo sera impartial. Dur mais juste !

Je dresse le bras, salue les autorités, puis pivote à 180 degrés pour honorer la foule. Celle-ci me regarde, médusée, silencieuse. Mes collègues s’écartent à reculons. Les peones s’abritent derrière les colonnes.

Un maître de cérémonie, jaillit de la porte ouest, coiffé d’un bicorne. Bien amé. Je saisis la muleta noir, jaune, rouge, placée sur le bureau de la présidence et fait face au cornu.

Je toque. Il ne bouge pas. Je m’approche de deux pas. Je toque à nouveau. L’officiant se secoue, regarde à gauche, à droite, gratte du pied, recule et file derrière l’Officier de l’Etat civil. Un manso ! Je coupe le chemin du toril et l’attends de pied ferme, torse bombé, planté au centre de la salle du Conseil communal.

Le temps s’arrête. La foule murmure, commente ma prestation. Les revisteros téléphonent et communiquent déjà leurs commentaires. D’autres me filment avec leur téléphone portable. Une aficionada, hilare, me jette du riz. Je ramasse une poignée de grains, l’embrasse, et la lance dans la foule.

A cette vision, la figura en blanc me lance son bouquet de roses à la figure. Son geste est aussitôt suivi par une projection de chaussures, d’œillets, de coussins en provenance des gradins. Je ramasse les hommages en effectuant un tour d’honneur, sous les « ouste » (dehors) du public.

Deux alguazils, habillés d’un uniforme bleu, coiffés d’un képi, pénètrent dans la salle. L’un s’agenouille, pointe vers moi son épée à six coups. L’autre, aux larges baccantes grises tombantes, s’avance et me parle doucement :

-          Tout va bien. Vous êtes beau, vous êtes fort. Tout le monde vous admire et vous aime. Mon nom est Charlie et je vais tout doucement m’approcher. Ne faites pas de geste brusque.

Il fait trois pas, me tend le bras. L’accolade, sans même avoir combattu ! Je lui fais face, le serre dans mes bras, lui donne trois abrazos.

Deux hommes de piste, tout de blanc vêtus, font leur entrée dans le théâtre. Ils me revêtent d’une cape immaculée, nouée dans le dos et me soulèvent. Je sors à hombros, par la grande porte de la maison communale. Je triomphe.

Le coche de quadrilla, véhicule blanc orné d’une croix rouge, m’attend dans la cour. J’y suis précipité sans ménagement. Il démarre directement, sirènes hurlantes.

 

VINCENT, POURQUOI M’AS-TU ABANDONNE ?

 

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Published by Pena Taurine de Bruxelles - dans RESEÑAS & Co
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Paco 23/05/2012 22:04

¡Enhorabuena por la quijotada taurina! Paco

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La Belgicana? Quien es?

La Peña Taurine emprunte le nom de "La Belgicana" une des premières femmes torero du XIXe, de son vrai nom Eugénie Bartès. Cette Bruxelloise de naissance (c'était le 14 mars 1876)  est à notre connaissance la seul(e) Belge a avoir revéti le costume de lumière.  Pour en savoir plus voici un article d'El Enano (cliquez sur la photo) publié... le 1er avril 1895, ça ne s'invente pas et pourtant la Belgicana a bel et bien existé. Le Club Taurin Paul Ricard "la Belgicana" est né officiellement le 9 avril 2011 à Bruxelles, le philosophe Francis Wolff (notre premier invité, ici son fabuleux Pregon) fut le témoin priviligié de la deuxième naissance de la Belgicana. Le CTPR la Belgicana est jumelée avec les clubs taurins Culturaficion et le Ruedo Newton à Paris.

La-Belgicana-Photo.jpg     

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